Bouillon de culture
Thursday, 9 August 2007
Repli et retrouvailles
Il continue de pleuvoir. En quelques jours il s’est produit une chute de température de près de vingt degrés, et le château est chauffé. Berne est sinistré, les inondations entravent toute circulation. Mon projet de visite à la fondation Klee, sans cesse différé, est une fois de plus compromis. Mais paradoxalement je me sens plus en forme par ce temps exécrable que dans la moiteur un peu étouffante du beau temps de la semaine dernière. Question de pression sans doute.
Mes collègues sont indifférents au temps, et se perdent dans des discussions passionnées sur des points qui me semblent purement académiques. La géopolitique fait en ce moment bon ménage avec la physique quantique et Marina Fédier en a profité pour écrire un billet sur les relations entre les nouveaux paradigmes de la science (ils n’ont qu’un siècle !) et ce que le XXIe siècle nous prépare pour le meilleur ou pour le pire.
Une des discussions concerne le programme de l’année prochaine et surtout la langue adoptée pour nos rapports. Jusqu’ici j’avais imposé le français, car c’est ma langue véhiculaire par excellence et mon point de vue a prévalu, un de mes collègues étant genevois, deux autres canadiens et le dernier, américain, comprend le français. Mais le souci d’alignement aux normes internationales prévaut, et il est possible que d’ici le mois d’août prochain, ce blog sera au moins en partie rédigé en anglais.
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Que d'eau, que d'eau !
On ne prête qu’aux riches. On a raconté que le Général Mac Mahon, voyant pour la première fois la mer, en Bretagne, et prié de livrer ses impressions, déclara: que d’eau, que d’eau !
La réalité est toute autre. C’est à l’occasion des graves inondations provoquée par la crue de la Garonne, que le général de Napoléon prononça ces paroles définitives.
Elles furent reprises par la suite dans bien des occasions : Venise, et aujourd’hui Divonne, où il ne cesse de pleuvoir lamentablement, transformant le Château en arche de Noé. Elle inspira à un collègue canadien, suivant le journal télévisé une variante :
Que de vide, que de vide !
Ce condensé d’informations majeures et souvent imprévisibles, nous apprenaient des nouvelles susceptibles de bouleverser notre vie quotidienne, comme notre conception du monde. Saviez-vous par exemple :
Que le président Sarkozy déjeunera en famille avec le président Bush, une étrange coïncidence faisant que celui-ci ne réside qu’à 80 miles de celui-là ?
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Monday, 6 August 2007
Vous avez dit populaire?
La télévision est de plus en plus passionnante en ce mois d'août. Ma chambre d'hôtel est agrémentée d'un écran plat posé sur le bar, qui a remplacé l'ancienne télévision en couleurs. Le gain de place est nul, puisque le dessus du bar a une dimension invariable. En revanche l'image, jadis lumineuse et brillament colorée est d'un grisâtre vaguement teinté, ressemblant aux clichés noir et blanc recoloriés, des rééditions rajeunies du muet. Heureusement le contenu sauve le contenant. Nous avons vu les labos où l'on cultive le virus de la fièvre aphteuse.
Rassurez-vous, il n’y aucun risque de contagion, le labo est bien de chez nous, rien à voir avec les anglais qui ont laissé échappé le virus. On a donc interdit une fois de plus les importations de vaches et de bœufs britanniques dans l’UE, ce qui arrange et notre prestige et nos affaires.
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Sunday, 5 August 2007
Paradis vert
Me voici depuis quelques jours à Divonne avec mes collègues de l’ISD. L’endroit est particulièrement sédatif et propice au travail : en dehors du golf, il n’y a pratiquement rien à faire et lorsqu’on n’a pas de voiture, rien à visiter. A San Remo, j’étais au paradis du bleu, joie de vivre, incitation aux plaisirs de la table, de la mer, de la musique napolitaine, de la chair pour qui en a l’âge d’en profiter. Ici c’est le paradis du vert, de la méditation, de la concentration, sous le signe du Mont Blanc, encore enneigé, paysage pris entre les formes sombres et sévères du Jura, et les lignes de crête des Alpes.
La proximité de Genève, et de la Suisse, à un quart d’heure à pied, nous vaut une invasion de vaudois et de genevois, fréquentant le golf et le marché. La ville en elle-même est la banlieue sud de Genève et fréquentée par des émirs, des oligarques russes, et à un autre niveau, par des cadres internationaux du CERN et des administrations, qui se rendent tous les jours au travail. Ce n’est guère excitant, mais vivifiant et reposant. On recharge ses batteries, et … il fait grand beau comme disent les genevois.
Quand j’entends le mot culture, je ferme mon porte-monnaie
Le président Sarkozy semble persévérer dans la voie de la réhabilitation de la culture d’élévation au détriment de la culture de masse, type Cauet. Encore que le mot divertissement populaire puisse susciter des inquiétudes.
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Tuesday, 31 July 2007
Le chantre de la mort rattrapé par la Mort
Un échiquier. Le chevalier joue avec un prêtre au visage plein et blafard, cheveux dissimulés par une capuche, yeux noirs et vides d’expression, lèvres minces et ironiques. C’est la Mort, telle que Ingmar Bergman l’a dépeinte dans son chef d’œuvre absolu : Le Septième sceau. Fresque grandiose et monochrome, fusion entre la barbarie médiévale et celle de notre siècle, celui du communisme, du national socialisme et de l’islamisme. Eres de confusion, aussi vides que les yeux de la Mort.
Ingmar Bergman vient de s’éteindre à l’âge de 89 ans, doucement, veillé par une de ses filles, une mort comme on voudrait tous l’avoir, sans convulsion ni douleurs, ni cris ni chuchotements. Il est de ceux qui ont prouvé que le cinéma peut être un genre majeur, tant il a contrôlé chaque détail, préservé le plan d’ensemble des tentations du succès. Ses œuvres sans complaisance sont totalement exemptes de maniérisme en dépit de leur extrême originalité qui les rapproche de l’ésotérisme mais qui n’est que concentration de pensée.
Ingmar Bergman, plus encore que les autres génies du cinéma, est celui qui m’a le plus influencé. Depuis mon adolescence, marquée par la maladie et la peur, la révolte et la soumission, je ne pus me débarrasser de la terreur de la mort, conséquence de mon attachement viscéral à la vie. Tant de choses qui ne seront pas vécues, pensées, ressenties, exprimées et surtout créées. On joue avec la Mort, on ruse, et puis on renverse les pièces des échecs. Dans le Septième Sceau, antidote à la mort, l’amour de deux êtres sains et jeunes, pour qui le chevalier se sacrifie. Mais autre antidote mauvais : la torture, les persécutions, justifiées par les extrémismes de la populace hurlante, bavant sa haine. Nous vivons tout cela aujourd’hui.
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Sunday, 29 July 2007
Conversations avec un génie
Henri Dutilleux (voyez Wikipédia) est sans conteste le plus grand compositeur français actuel, avec Pierre Boulez et Olivier Messiaen. Des chefs d'orchestre mythiques comme Valery Gergiev, pensent même qu'il est peut-être le plus grand compositeur vivant de la planète. Il est honoré dans tous les pays, et même la France l'a décoré de sa plus haute dignité : la grande croix de la légion d'honneur. Et pourtant le grand public n'a jamais entendu mentionner son nom et les mélomanes avisés, seraient bien incapables de se familiariser avec son oeuvre particulièrement subtile.
Le 26 octobre 2007 l'orchestre du Mariienski de Saint Petersbourg donne un concert consacré à des compositeurs français et russes. Côté français, Debussy et Dutilleux, côté russe Moussorgsky. Outre l'aspect musical du concert qui se tiendra dans la chapelle royale de Versailles, on notera la volonté de rapprocher la culture russe et la culture française, étroitement entremêlées jadis et que les vicissitudes de la politique ont contaminées. Le Président de la République a tenu à honorer à cette occasion notre gloire nationale. Cela nous changera de Johhny Halliday et de Mireille Mathieu.
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