Beethoven
Introduction
*** A propos de la Sonate Op.106 pour piano de Beethoven.
Les Anglais n’aiment pas ma musique, mais le bruit qu’elle fait.
"Cette boutade de Beethoven nous conduit à nous poser la question : qu'est ce que la musique pour le maître de Bonn? On découvre l'importance de la structure et de la logique de développement, de même que les énigmes qui en découlent. Et aussi, les interférences et les conflits entre la structure et le son tel que l'auditeur l'entend. Comment l'artiste peut-il concilier musique et bruit, organisation et son?
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Dimanche, 30 décembre 2007
Beethoven et le jeune Breuning
Introduction
Les années 1817 furent une épouvantable épreuve pour le pauvre Beethoven, à ce point qu'après d'une période d'une exceptionnelle fécondité, quelques pièces arides virent le jour. On peut y adjoindre deux fruits vénéneux et monstrueux: les sonates Hammerklavier Op.101 et Op. 106 bien décriées. La vie sentimentale était un désastre, après le suicide manqué de son trop aimé neveu, et les attaques de son ennemie "la Reine de la Nuit". Mais il y avait aussi les ennuis domestiques : impossibilité de trouver un domestique, un logement, un soutien. La solitude ponctué par la souffrance qui déboucha sur une double pneumonie. La surdité totale aggravait le sentiment de solitude extrême. Enfermé dans cet univers imaginaire les structures se développaient comme des arborescences autonomes dans l'air raréfié de son esprit. Il en vint pour assurer sa survie, à vendre à ses amis de Londres, des oeuvres encore inexistantes, dont la Xème Symphonie qu'il jouait quotidiennement et dont il subsiste des esquisses; mais qu'il n'eut pas la force de mettre au clair. Les londoniens généreux feignirent de croire aux livraisons fantômes et firent la quête pour subventionner son opération. Mais cela aggrava les angoisses du compositeur. "Si je survis à l'opératio, d'où vais-je tirer mes moyens de subsistance? se disait-il ? C'est qu'il n'était plus à la Mode à Vienne. Goethe ne voulait pas de son accompagnement qu'il destinait à Mozart. Mais celui-ci était mort et ce fut Rossini qui le supplanta dans le coeur des Viennois. Tous ses amis étaient morts ou dipersés. Un jour Hummel (un compositeur très réputé de l'époque, auteur des pièces très brillantes) vint en pélerinage pour le revoir, en dépit de sa chaise roulante. Lorsqu'il le rencontra il éclata en sanglots, ne pouvant que répéter: Ach! le pauvre homme! Ach, le pauvre homme !.
En fait le pauvre homme n'avait que peu de visiteurs. Le plus affectionné était un jeune de quinze ans, fils de Stefan von Breuning, qui avait pitié du vieil homme. Il venait le voir tous les jours muni souvent de confitures et d'une bonne bouteille de vin du Rhin. Stefan en dépit de son admiration pour le maître n'était pas trop enchanté de la nouvelle fréquentation de son fils, ce vieux, certes célèbre, mais peu joué, mal mis de sa personne, rude et excentrique. Ce n'était pas là un compagnon idéal pour un jeune homme de bonne famille. Mais Beethoven était si content, et des confitures, et de l'amitié de l'adolescent. Ce fut une petite lumière dans sa vie.
Lorsqu'on pense au combat titanique que l'immense génie livrait aux vieilles structures de la forme sonate, sa lutte indomptable pour ses visions déchirantes, où la souffrance se trasmuait en joie, ma gorge se serre. J'entends l'adagio del'Op.106, et surtout les esquisses de la Xeme Symphonie et le chant de désolation sur les malheurs du monde emplissent tout mon être.
Certes, j'ai joué toute ma vie durant l'Op.106, exploré dans les coins le labyrinthe, mais la clé se trouve là, cachée von Herzen zu Herzen.
Vendredi, 22 juin 2007
Beethoven. Sonate Op.27 N°2 Quasi una fantasia
Voici jouées à la suite des extraits de deux interprétations de la "Sonate au clair de Lune" la mal nommée. Au début le début de la version falsifiée, rêveuse et poétique, celle qui prévaut dans tous les concerts, à la suite, celui de la version originale, funèbre et perturbante qu'aucun pianiste n'oserait jouer en public de peur de recevoir des tomates. Pour écouter la version complète cliquez ici : ♦
Mercredi, 20 juin 2007
Beethoven. Sonate Op.27 N°2 Quasi una fantasia
J'ai essayé dans cette interprétation de "coller" au mieux aux indications et à l'esprit de l'édition originale, dont un exemplaire se trouve dans ma collection de partitions déposée à la Bibliothèque nationale de France. On note que la mesure est à deux temps et non à quatre, comme on la joue en général. De même un malentendu tenace, dû au titre factice de Ludwig Relstab, a privilégié l'accompagnement de triolets de croches comme s'il était une mélodie afin d'imprimer à l'oeuvre l'atmosphère d'une "promenade en barque de deux amoureux, au clair de lune et dans le lac des quatre Cantons". On est loin de la description que donnaient les assistants à propos du jeu de Beethoven qui évoquait, paraît-il, des fantômes traînant leur chaîne dans un château hanté.
Cette observation est loin d'être anecdotique. En effet les recherches musicologiques ont prouvé que le premier mouvement de la Sonate "au Clair de Lune" appartient à un genre bien catalogué à l'époque : la musique de deuil. On trouvera dans une version antérieure de mon interprétation, des informations sur cette origine. Cliquez ici ►♦
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Mercredi, 13 juin 2007
Beethoven. Le premier mouvement de la Sonate dite "Au Clair de Lune."
Cette version est conforme à la conception originale de la Sonate Op27 N°1, aux nuances près, qui pour des raisons de compression dues à la technique; sont plus tirées vers le forte alors qu'on doit se trouver aux limites du pianissimo. La Sonate en do dièse mineur appartient à un genre catalogué : la musique funèbre et contient les mêmes conventions expressives. Ces conventions se sont progressivement constituées au XVIIe et au XVIIIe siècles pour exprimer le deuil et la souffrance. Dans l'op 27 N°1, l'adagio sostenuto utilise le matériau funèbre : plain chant, chromatisme, figures répétitives d'accompagnement. Mais ce qui est le plus typique sont les anacrouses pointées qui rappelent la marche funèbre sur la mort d'un héros de la sonate Op. 26. Les dissonances remontent au XVIIe siècle, ce sont des figures rhétoriques exprimant la tristesse, la peur ou la terreur. (Pathopoeia, passus duriusculus ) .
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Vendredi, 1 juin 2007
Nouvelles du blog
Enfin ! Hier soir, par téléphone, Emmanuel Dyan est parvenu à fixer sur le blog l'enregistrement du deuxième mouvement de la sonate en la mineur de Mozart. Je n'ai rien compris à son explication, et je ne suis pas sûr qu'il l'ait lui-même. Deux erreurs ont été commises : j'ai suivi stupidement les indications d'encodage, dans lesquelles on m'informait que 100% avait été encodé, alors qu'on n'en était sans doute qu'au tiers, l'autre erreur provenant que j'avais oublié de copier l'adresse de Dailymotion.
Il ne me reste plus qu'à faire suivre l'interprétation, (qui ne me satisfait qu'à moitié, les conditions n'étant point favorables) d'un plan sommaire du morceau joué. Sommaire, car je me propose dans les jours qui suivent, d'analyser plus finement, note par note, les mouvements, ce qui signifie, encoder une ou deux dizaines de fragments musicaux. Des centaines d'étapes en vue, de la lecture de la partition à son enregistrement sur le blog.
Avis aux internautes. J'ai reçu sur mon e-mail plusieurs commentaires qui ont l'air d'être fort intéressants à propos du dialogue au sommet et du duo d'amour de L''Entretien.Puis-je prier les internautes de poster leurs commentaires, directement sur le blog, ainsi nous pourrons tous en prendre connaissance. Merci...
Cher monsieur,
J'ai conçu un baromètre de l'humeur à partir des 5 critères HUMELD afin d'y dégager la proportion de gens qui fonctionnent selon les critères que vous énoncez.
Je souhaiterais vous rencontrer avant de mettre ce site en ligne et vous invite à me contacter afin de convenir d'un rdv.
Voici le type de messages que je reçois souvent. Je suppose que les émetteurs désirent garder leur anonymat, comme Mme K.S. dont je ne divulguerai pas les coordonnées. Je rappelle que les critères HUMELD correspondent à l'attribution des jugements de valeur à un objet, un individu ou un événement. D'habitude, nous concoctons notre propre cocktail de critères, bien souvent adaptés à une situation donnée. Voici le code : H pour hédonique (plaisir-peine), U pour utilitaire (Utile- inutile - nuisible), M pour moral (Bien-mal) E pour esthétique (Beau - laid), L pour logique (Vrai - faux), D pour développement (Evolué - régressif).
A propos du décodage musical. La musique derrière la musique
J'ai rédigé aujourd'hui un article sur le son, la structure et la sémantique musicales. Pour ceux qui voudraient avoir une idée assez précise de l'extrême complexité d'une architecture géniale, et qui ne savent pas lire une partition, un livre d'impose,le Guide illustré de la musique symphonique de Beethoven. Fayard, 1995. On se demande comment un musicologue peut ainsi s'adresser aussi clairement et aussi précisément au public profane, sans céder au jargon. La réponse est simple : Michel Lecompte, l'auteur, n'est pas un professionnel, c'est un ingénieur de formation et un passionné de musique. Tout s'explique. Je vous conseille vivement, même si vous n'êtes par mélomane, d'acheter l'édition en CD de la Neuvième Symphonie de Beethoven par Karajan (ce n'est pas la meilleure mais elle sert de référence chronométrée au livre de Lecompte), puis de l'écouter en suivant les cartes en couleur qui en donnent la transcription exacte. Ce serait encore mieux si on pouvait acquérir les droits de l'enregistrement et publier un DVD avec les diagrammes très clairs défilant sur l'écran. Ce serait certainement plus instructif que de voir les mimiques cabotines d'un Karajan ou d'un Bernstein, jouant aux démiurges, et les maniérismes des preneurs d'image.
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Dimanche, 4 mars 2007
L'analyse de la Sonate Op. 111. Pièges et désinformation.
Cet article est destiné à compléter l'excellente déscription de la Sonate Op.111 de Beethoven, dans Wikipedia. Elle explore, ce qui est le propos du blog, les décalages flagrants entre la source (ici le manuscrit original, d'ailleurs respecté dans les éditions contemporaines, dites Urtext) et les interprétations. L'édition qui a servi de référence est celle d'Arthur Schanbel chez Curci à Milan. On se demande pourquoi de célèbres pianistes ont cru bon de substituer leur vision personnelle de l'oeuvre à la volonté clairement exprimée de l'auteur. La réponse à cette question dépasse donc la simple analyse de l'oeuvre. Dès à présent, pour épargner au non spécialiste, les détails souvent très techniques de notre investigation, tirons tout de suite des éléments de réponse.
1° . La divergence avec l'original est purement accidentelle : mauvaises éditions, oubli, routine, mimétisme par rapport aux autres interprétations. Il s'agit alors non pas d'une désinformation (qui obéit à une intention non avouée), mais d'une simple erreur. C'est le cas de certaines versions qui omettent une mesure lors de la reprise du 1er mouvement. Cependant ce n'est pas le cas de Georges Pludermacher, un des plus scrupuleux et talentueux interprètes, qui me déclarait "qu'il l'entendait ainsi".
2° . Nous touchons à la cause majeure des déformations : le sentiment intérieur du pianiste, la conception qu'il se fait de la sonate. Quelquefois, la vision est tellement magistrale, qu'on ne resiste pas à sa force d'évidence. Lorsque Backhaus interprète l'Op. 111, son autorité est telle qu'on croirait entendre Beethoven lui même au piano. Une telle passion, un tel naturel, emportent toute critique de détail. Cela explique sans doute, la réputation de sérieux un peu scolaire que Backhaus a pu susciter par rapport à Kempff, alors que ce dernier est beaucoup plus respectueux de la partition. Des deux, c'est Backhaus le plus subjectif, le plus passionné.
On peut justifier cette position, en se souvenant que Beethoven était sourd, et qu'il avait dit à MArie Bigot, à propos de l'Appassionata, qu'elle la jouait mieux que ce qu'il avait composé. Il est permis de penser, que le maître de Bonn aurait approuvé l'exécution de Backhaus, et qu'en l'entendant, il aurait apporté des retouches à la partition. Mais ceci est purement conjecturel.
3°) Il est cependant un cas où cette position est indéfendable : c'est lorsque la déviation, loin d'être une simple licence, qui ne dérangerait que les puristes, porte atteinte à la structure et à la cohérence de l'oeuvre. Ou encore, lorsqu'elle supprime des détails (pertes d'information) et ajoute un maniérisme qui en altère la compréhension (bruits et distorsions).
4°) On peut parler de désinformation au sens technique du terme, lorsque l'intention est patente, et obéit à une stratégie préméditée de conquête du public ou des critiques. C'est le plus fréquent des cas. On remarque en effet que les déviations vont toujours dans un sens unique : la banalisation, la suppression de tout ce qui peut déranger un public conservateur, notamment des contretemps rythmiques, des dissonances brutales, des accents placés là où on ne les attend pas. On peut ajouter à cela, l'escamotage des voix moyennes, la simplification des nuances et des variations de tempi.
Nous venons d'énumérer les pertes d'information, mais on peut également mentionner les bruits, où l'artiste ajoute des notations de son cru (Glenn Gould est un exemple de maniériste). Vladimir Horowitz, fait ainsi ressortir une polyphonie extraordinaire, toute une palette de nuances, des accents surprenants, qui ne sont pas tous dans la partition. Quelquefois, ces effets enrichissent l'oeuvre, quelquefois il la trahissent, toujours ils séduisent et fascinent.
5°) Il faut se garder de l'obsession de la trahison musicale. La plupart des oeuvres sont parfaitement exécutées et d'ailleurs ne diffèrent que par des détails minimes qui font les délices des mélomanes et des critiques, pour qui la musique réside dans la délectation des comparaisons. Des sonates comme la Waldstein, des symphonies comme la Pastorale ne posent pas de problèmes de compréhension pour le professionnel et même pour le grand public averti. Il en est tout autrement pour des oeuvres d'une grande complexité, qui font éclater les cadres conventionnels par leut subjectivité, ou par leur originalité. La Sonate Op 106 est un exemple d'oeuvre injouable (Notamment les dernières mesures sont purement conceptuelles et bien qu'Arthur Schnabel indique la manière de les interpréter, il en est parfaitement incapable dans ses enregistrements, comme d'ailleurs tous ses collègues, à ma connaissance du moins). Dans la Sonate Op 111, on a au moins un cas de musique non seulement injouable, mais inconcevable : ce sont les mesures notées (a) dans l'édition commentée d'Arthur Schnabel. L'artiste écrit : La division entre groupes de longueur variable sont conformes au manuscrit ! (Point d'exclamation de l'artiste).
Le but de cette analyse et de faire ressortir ces différentes déviations et d'en discuter, la nature, le sens et la portée. Elle nous amènera à approfondir notre décodage de l'oeuvre et de nous approcher du coeur de la création.
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Commentaires
mar 19/08/2008 à 17:45
Quelqu'un aurait-il des nouvel les de l'état de santé du Prof esseur? Je commence à m'inquié ter un peu devant la dur [...]
jeu 31/07/2008 à 15:49
Merci de partager avec de simp les mélomanes cette limpide et profonde analyse. Plus encore que l'écoute, elle nous [...]
mar 22/07/2008 à 23:16
Come sta Professore? è da un p o' che non ci sentiamo per le traduzioni in italiano del suo blog. un caro saluto, r [...]
lun 21/07/2008 à 18:38
Les amis, les rencontres, les voyages sont encore bien plus importants que les oeuvres. C ependant j'ai souvent tr [...]
dim 20/07/2008 à 18:43
Je lis le chapitre "Theatrum M entis" de Virus, je m'accroche mais je suis à chaque fin de chapitre de ce livre réc [...]
dim 20/07/2008 à 04:39
Je viens de lire d'une traite un livre que je ne peux que co nseiller aux lecteurs du blog. C'est 2040, La chute de [...]
ven 18/07/2008 à 21:03
"L'homme ne saurait tomber tou t à fait tant qu'il est tenu p ar le travail, cette forte et solide attache au bien". [...]