WagnerWagner vu par Bruno LussatoBruno Lussato a été initié aux grands drames wagnériens depuis l'âge de dix-sept ans. Il a eu la chance de recevoir chez lui des artistes mythiques, comme Kirsten Flagstad, Martha Mödl, fréquenté la génération des Max Lorentz, Knappertsbusch et travaillé au Ring avec René Leibowitz. Par la suite, il a suivi de près le "Ring" du centenaire et a entrepris avec l'aide précieuse de François Regnault, (Le dramaturge étroitement associé à Patrice Chéreau) un premier travail de décodage. Continuer à lire "Wagner vu par Bruno Lussato" Samedi, 8 décembre 2007Tristan et Isolde à la Scala de MilanDeux conceptions divergentes Viola - Chéreau J'ai toujours observé la plus grande parcimonie dans le choix de mes concerts et mes opéras, afin de garder toujours en mémoire les grandes voix et l'emprise des chefs, et je ne le regrette pas. L'exploration d'une oeuvre comme Tristan ne peut se passer d'une étude très détaillée de la partition d'orchestre, et la représentation est la récompense de celui qui a pris la peine de jouer la transcription de paino. (Dans ce cas, celle de Hans de Bulow).
Les représentations que je garde ainsi vivaces sont celles de Kirsten-Flagstad, Max Lorenz, au pupitre, Georges Sebastian, de Kna, avec Martha Mödl ou Astrid Varnay, puis Carlos Keiber-Ponnelle et Ligendsa. Les autres ne pouvaient se comparer. Et puis, j'ai vu la version de Bill Viola, et cela été un véritable choc. J'ai écrit dans ce blog, qu'on ne peut en aucun cas la considérer comme une représentation d'une oeuvre de Wagner mais comme un création originale à mi-chemin entre la plus haute création de notre plus grand vidéaste, Viola et le monstre qui devait révolutionner l'histoire de la musique.
J'ai failli manquer sur Arte la représentation de Tristan pour l'ouverture de la Scala, avec Baremboïm, Waltraud Meyer et ... Patrice Chéreau. S'il est un metteur en scène que j'admire profondément c'est bien Chéreau que François Regnault son dramaturge m'a fait apprécier, et dont le Ring reste pour moi "le plus beau spectacle du monde". Ma soeur m'a tiré de mon ordinateur pour me signaler la retransmission et elle-même a été émue par la direction de Baremboïm et la mise en scène de Chéreau. Sans elle j'aurai manqué, outre le premier acte, les actes II et III.
La comparaison entre la création géniale de Viola (avec Gergiev au pupitre, et qu'on aura la chance de revoir en 2008 à Paris) et la recréation de Chéreau, était passionnante. Après voir entendu et vu avec la plus grande intensité, ces monuments dramatiques, ma religion est faite : c'est Wagner qui l'emporte. Wagner, décodé par Patrice Chéreau, bien entendu. Baremboïm était tellement plongé dans la partition que les applaudissements, lui ont arraché une rapide grimace d'agacement, vitre réprimée. Chéreau qu'on a interviewé était lugubre. On a l'impression que cet homme ne peut sourire. Pourquoi? Parce qu'il ne considère pas son travail sur les corps, comme quelque chose de futile. Parce qu'avec le déroulement du spectacle c'est un peu de sa vie qui s'écoule.
Par exemple à la fin, lors de la mort d'amour, Isolde dont la pureté du profil, l'intensité tragique et souriante de l'expression, et les pianissimi déchirants qu'elle émet nous ménage une surprise. Un filet de sang s'écoule du front, comme un accident crânien et finit par couler et ensenglanter toute la moitié du visage, toujours souriant, transfiguré. A côté l'oeuvre de Viola semble abstraite. Les amants rejoignent le cosmos, ils perdent leur matérialité et cette vision est à l'unisson des associations mystiques du poème qui prennent tout leur sens.
Alors que l'interprétation de Bill Viola exige une exégèse poussée du poème, et une sensibilité à l'art contemporain, celle de Chéreau exerce un effet immédiat, irresistible, résistant à toute explication : elle est là, sans le moindre arbitraire, la moindre licence, le moindre chi-chi. Cette simplicité est magnifiée par le jeu d'acteurs dignes des vidéos religieuses de Bill Viola, par un jeu de noirs et blancs dignes d'une tragédie grecque... mais ce qui emporte tout, est la passion des acteurs, invisibles chez Viola.
Continuer à lire "Tristan et Isolde à la Scala de Milan" Mercredi, 7 novembre 2007Masterclasses pour Alexandre, entrée dans le Ring 2La structure transactionnelle du Ring la mécanique juridique de l'Or du Rhin, chronique d'une catastrophe annoncée Ring peut se décrire comme une suite de transactions et d'équations formalisables.
Ces transactions sont des "assertions" complexes comprenant les composants suivants : - Un ou des objets de l'échange (ou du troc, ou de l'équivalence) Les objets peuvent être matériels (la lance) ou conceptuels (l'amour). - Un à deux personnages ou actants, profitant de l'échange. - Un catalyseur qui par sa seule présence permet le passage à l'acte de ce qui n'était qu'une idée d l'échange. - Les lieux de l'échange. - Des transformations et des mutations qui opèrent un changement dans un objet, par exemple le pouvoir se transforme dans l'argent, la menace dans l'appétit de revanche.
LES ASSERTIONS
1. Les filles du Rhin et leur père Rhin, possèdent l'OR (la richesse potentielle de la nature) afin d'en jouir. Elle craignent que des étrangers le volent et font tout pour les séduire afin de distraire leur attention de la vision de l'OR.
2. Le nain repoussant Alberich, convoite la possession sexuelle des filles du Rhin. Celles-ci, l'allument et l'humilient cruellement. Le nain plein d'une rage impuissante montre son poing dressé (la menace). Mais son attention est alors distraite par l'OR. Les filles du Rhin ont désobéi au père.
3. Les filles du Rhin énoncent l'équation ; Or + Renoncement à l'Amour = Anneau. L'anneau symbolise la richesse illimitée. Elles ne se méfient pas car elles confondent SEXE et AMOUR.
4. Alberich se dit "puisque je ne puis avoir l'amour, autant m'acheter le plaisir sexuel illimité avec l'argent infini de l'anneau". Il passe à l'acte, maudit l'amour et forge l'anneau.
5. Le roi des Dieux, Wotan a bu l'eau de la source du savoir technologique et juridique. Il y gagne la LANCE qui lui donne le pouvoir sur l'humanité ... mais il ne peut se soustraire aux lois qu'il a gravées sur sa hampe. Il perd alors l'oeil gauche, celui de l'intuition et se marie avec Fricka, conventionnelle et raisonneuse, en délaissant Freia, la Vénus humanitas. Ce choix est logique : il a renoncé à l'oeil de l'intuition.
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Mardi, 6 novembre 2007Le journal du 07 novembre 2007Introduction aux masterclasses sur le Ring J'ai eu plusieurs fois Alexandre au téléphone et j'ai l'impression qu'en dépit des difficultés il en a retiré un apport qu'il n'oubliera pas de sitôt. Ce qui a été cependant hautement significatif pour son job de dirigeant, a été la découverte du "problem solving" qui empêche Wotan de dormir à la fin de L'Or du Rhin. C'est qu'il aborde de front les deux problèmes qui assaillent ceux qui ont atteint le pouvoir suprême ou le contrôle sur des masses d'argent illimitées. Le premier de ces problèmes est la difficulté de créer au sein de l'organisation des êtres courageux, motivés et autonomes, alors que la prise de risque devient de plus en plus lourde. Le second est de susciter un contre-pouvoir nécessaire pour éviter la sclérose. Or les dirigeants ne cessent de prôner l'autonomie de leurs cadres, mais dès que ceux-ci essayent d'en manifester des velléités, le cien bureaucratique s'écroule sur leur tête, et les manitous qui les incitaient à la désobéissance, se font curieusement invisible dès qu'il s'agit de les défendre contre les conservateurs les plus rétrogrades qui tiennent les rouages de l'entreprise.
Tel est le sujet de L'Or du Rhin, qui fait appel on le voit à une connaissance profonde des entreprises et des organisations, mais aussi à la perception fine du mécanisme musical de la partition qui raconte à sa manière cette aventure conceptuelle.Mais même cette connaissance est superficielle et ne touche qu'au structurel de surface, et non au structural profond. Ce dernier ne peut être abordé par l'analyse grammaticale et sémantique des séquences des scénarios entre-mêlés.
Ci-dessus, la formalisation sous forme de grammare formelle du début du Ring. Aucun élément du scénario n'est passé sous silence, ce qui montre l'absence totale d'abitraire dans le poème. Ce dernier se réduit à un enchevêtrement de propositions mathématiques formelles et rhétoriques, ainsi que l'a montré avec son logiciel, Madame Gallais-Hammonaud.
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le journal du 6 novembre 2007Entrée dans le Ring Masterclasses pour Alexandre Je m'en suis déjà expliqué dans un précédent billet sur ► l'argent fou, Le Ring de Richard Wagner est un réservoir inépuisable d'enseignements paradigmatiques, qui ne prennent toute leur utilité et leur signification qu'au début du XXIe siècle. Ils analysent avec une acuité exceptionnelle les rapports complexe entre l'argent-pouvoir illimité, valeur close sur elle-même, étrangère à toute autre, et l'amour. Amour de la femme, amour de la nature, respect des cycles naturels, pleine conscience de la valeur d'une femme. La thèse soutenue dans le Ring, repose sur l'incompatibilité entre l'amour, la nature et l'argent et le pouvoir. Il y a bien des tentatives hypocrites pour avoir le beurre, l'argent du beurre, et la crémière, mais elles reposent sur des faux-semblants qui finissent par se fissurer, puis par s'écrouler.
Des quatre drames qui constituent la Tétralogie, le plus "hard" est certainement l'Or du Rhin, prologue aux trois journées, piédestal de 2h40 à une monument qui en dure quinze. Dans toutes les quatre séquences, on trouverait difficilement une étincelle d'humanité, une once de sentiment. L'obsession du pouvoir illimité, des richesses sans fond, domine toute considération contingente, comme l'avenir de la planète, promise à la pollution universelle. Tous les dés sont pipés. Si l'on excepte les deux figures féminines de Freia (la valeur et la beauté d'une femme) et d'Erda (la prophétesse, émanation de la nature menacée dans son équilibre) tout mentent, tous biaisent, la mauvaise foi domine toutes les répliques.
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Dimanche, 4 novembre 2007Le journal du 4 novembre 2004Le roi Cochet Les deux colombes, au théâtre de la Potinière à Paris. D'accord, Sacha Guitry n'est pas Molière, mais tout est relatif. Lorsqu'on le compare aux divertissements télévisuels et aux pitreries des stars adulés du public et faisant assaut d'aigreur et de vulgarité, il est un super Molière. Ce qui le sépare des plus grands, outre quelques effets facilesn est la superficialité du fond. Ce n'est au fond que du divertissement, mais de quelle qualité !
La Potinière est un tout petit théâtre un peu pauvre, dans le quartier le plus riche de Paris, non loin du Ritz et du Grand Hôtel. La distribution est dominée par Cochet dont la réputation est légendaire parmi les jeunes débutants de la comédie, qui viennent essayer de comprendre "comment il s"y prend". Autrefois, ils se glissaient dans les répétitions de Patrice Chéreau. Mais les autres rôles sont admirablement tenus de la soubrette, aux deux viragos sus-nommées les blanches colombes en passant par l'extraordinaire princesse russe, plus russe que nature, grande, visage anguleux et princièrement vêtue. Quelle classe !
Continuer à lire "Le journal du 4 novembre 2004" Vendredi, 7 septembre 2007Le dialogue entre Marina Fédier et Bill ViolaBill Viola, Tristan et Heisenberg. Réduction des ondes de forme, physique quantique et la mort d'amour dans Tristan et Isolde.
Ci-contre, à partir de la gauche, Catherine Barré présidente de l'association du Mariiensky, Marina Fédier, Bill Viola, Mme Viola, Bruno Lussato.
Compte rendu sommaire du dialogue entre Bill Viola et Marina Fédier.
Bill Viola évoque devant MF des détails de sa carrière. Il est très attaché à ses maîtres. Il commença par étudier de la publicité, lorsqu'il tomba sur un professeur quelque peu excentrique qui l'encouragea à faire des études expérimentale. Elles eurent lieu dans la cave de l'université et ce fut une première étape qui lui ouvrit la porte. L'influence de Jack Nelson fut déterminante. Il commença alors à écrire son propre journal et à la fin de ses études universitaires il étudia la musique et fréquenta David Tudor et Merce Cunningham. Notamment la musique électronique le fascinait et il créa un atelier composé de cinq à six jeunes qui s'interessrent aux objets vibrants. C'était pendant les anné es 1970, 1980. C'est en 1980 qu'il fit partie de cinq artistes qui obtinrent une bourse pour étudier au Japon dans le cadre d'échanges interculturel, ou cinq artistes japonais travaillèrent aux etats Uni. Il rencontra à ce moment sa femme, au cours d'un séjour en Australie. Il s'interessa en 177 à la vidéo et s'initia gâce à Sony au maniement des studios électroniques de montage. La noyade Lorsque j'étais petit, raconte Viola, je tombai dans l'eau d'un étang et sombrai jusqu'à une importante profondeur. Je fus sauvé par un oncle. Mais ce qui fut extraordinaire dans cette expérience, est que je n'éprouvai aucune frayeur, au contraire je me trouvai dans le paradis. Cette eau était l'eau de la vie. - De l'eau vive ? dit Marina. - Oui c'est cela, de l'au vive. Sorti de là, je me mis à pleurer d'avoir laissé toutes les visions qui m'apparurent lorsque je me suis noyé. Car, je le répète, je suis tombé très profondément au fond de l'étang;
L'océan sans limites Cette expérience a hanté ma vie jusqu'à aujourd'hui et elle inspire ma dernière installation dans l'église désaffectée de SanGallo à Venise, une toute petite église qu'on ouvrit pour moi. Elle comprend un écran vidéo situé tout au fond et les gens peuvent accéder un à un vers cet écran vidéo où ils ont une expérience bouleversante. Plus ils approchent de l'obscurité, plus ils traversent de l'eau vive, et parviennent alors à la lumière. Les ombres du début deviennent alors réalistes et en couleur. - Marina lui parle de l'eau vive, et Viola lui répond que c'est exactement cela qu'il a essayé de représenter. Il est très interessé par ce que Marina lui raconte de Matisse et de l'influence de sa femme qui l'a poussé à se retrouver lui-même dans son être essentiel.
Dans ma dernière installation, continue l'artiste, j'ai retrouvé les visions que j'ai éprouvé quand je me noyai. Le titre : Ocean without a shore, océan sans plage, évoque un grand tout illimité, non borné par une plage. A propos de Matisse, je suis frappé par votre image : Matisse assis devant l'arbre, sans bouger, le fixant si intensément qu'il finit par faire un avec lui. Faire corps avec la chose, c'est attiendre la réalité de la chose. Le savant, lui, avec ses intruments de mesure voit autre chose, une autre réalité. Moi, quelque soit ce que je vois, je tente comme Matisse, de voir derrière les apparences. Les personnages reçoivent l'eau qui coule sur eux comme un voile,
Citations et lectures Bill Viola à la demande de Marina, donne une liste de livres indispensables. Parmi eux :
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Le journal du 5 septembre 2007Tristan et Isolde à Rotterdam Marina Fédier et moi-même avons assisté à la répétition générale du drame musical de Richard Wagner, à Rotterdam. Nous sommes descendus à l'hôtel de luxe Westin, un gratteciel réfrigérant aussi accueillant qu'un aéroport et doté de tous les conforts de l'électronique. On trouve dans chaque chambre de luxe de ce palace des accessoires utiles : une machine à faire du café, un nécessaire de racommodage, un fer à repasser à vapeur. Il ne manque qu'un aspirateur et un kit de remplacement des ampoules brûlées. Cela signifie tout simplement que si vous voulez repasser votre veste froissée par un long voyage, pour un cocktail d'affaires, inutile de sonner la femme de chambre. Vour la repassez vous-même. C'est la toute nouvelle conception du luxe.
De la suite que j'occupe à l'executive floor, on domine toute la ville. Ce n'est qu'un chantier : on construit partout des gratte-ciels qui pourraient se trouver aussi bien à Tokyo qu'à Vancouver. Quelques arbres survivants ressemblent à des plantes en pot. Cela évoque à la Défense de Paris, en mieux cependant, à cause de la noblesse des matériaux et l'imagination des architectes. Par endroits, il subsiste quelques pâtés de maison de style hollandais. On dirait des maisons de poupée, ridicules et déplacées.
L'hôtel communique par une passerelle avec la salle de concert où on donne Tristan. Celle-ci est inhumaine et grandiose (2200 places). Elle ressemble à l'Opéra-Bastille en petit, et comme toujours de beaux matériaux : noblesse du marbre, chaleur du bois exotique. Un déconvenue m'attend. La salle est trop exiguë pour loger les chanteurs en costume. Ils viennent chanter, assis et en costume de soirée. Par ailleurs, l'écran, bien trop petit, est trop proche de l'orchestre qui projette de la lumière qui pâlit les zones sombres de l'image.
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On ne peut plaire à tout le monde...
Il est deux types de mauvaises critiques. Les unes exaltent des navets. Les autres démolissent des chefs-d'oeuvre.
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Mardi, 28 août 2007Marina Fédier et Bruno Lussato : une rencontre avec Bill ViolaEn attendant de rencontrer Bill Viola Tristan, Bill Viola et la physique quantique
Continuer à lire "Marina Fédier et Bruno Lussato : une rencontre avec Bill Viola" Jeudi, 16 août 2007Regards sur Siegfried, le parcours tragique d'un adolescentUn projet pour Bill Viola et Valery Gergiev BILL VIOLA
Continuer à lire "Regards sur Siegfried, le parcours tragique d'un adolescent" Mercredi, 16 mai 2007Le journal du 17 mai 2007**** L'opéra de la désinformation Lohengrin à l'Opéra Bastille Hier soir, je suis allé à la première de Lohengrin, dirigée par un des plus grands chefs d'orchestre, Valery Gergiev. Autre star mondiale : la célèbre Waltraud Meier dans le rôle d'Ortrud.
Pour comprendre cet article, il vaut mieux, évidemment, connaître l'opéra romantique de Wagner, ou au moins avoir lu le résumé de l'intrigue. Pour ceux qui ne connaissent pas plus Lohengrin que Wagner, que l'Opéra, ou tout simplement nuls en musique classique, je vais néanmoins dégager les grandes lignes du sujet en me consacrant sur un aspect original de celui-ci : autant et plus que Otello de Verdi et Shakespeare, le dernier opéra romantique de Wagner, est une étude saisissante et pénétrante des mécanismes de désinformation.
Ceux qui me connaissent, savent à quel point je déteste les mises-en-scène à la mode, consistant à transporter l'action de Don Giovanni dans une entreprise de nettoyage de la Défense, ou les ors et les fastes napoléoniens des Contes d'Hoffmann, dans un asile de fous. Je craignais le pire pour cette mise en scène de Robert Carsen lorsqu'on me rapporta que la scène censée se passer devant une église médiévale flamande, évoquait plutôt les tranchées de la première guerre mondiale et les caveaux où Hitler et Eva Brown se donnèrent ma mort. J'en fus d'autant plus agréablement surpris.
Dans ce journal je me bornerai à décrire une des intrigues cachées, information derrière l'information. Celle précisément la plus proche de nos préoccupations actuelles : l'infiltration subtile du doute devastateur, la propagation des rumeurs, les prophéties instrumentalisées en vue de leur accomplissement. Mais aussi l'opposition viscérale contre les pays de l'Est, considérés comme barbares par rapport à l'empire allemand. Enfin, le contraste entre l'hypocrisie des discours politiques, dissimulant des intérêts territoriaux, et la pureté desespérée de l'utopie transcendante, cette nostalgie douce-amère propre au romantisme allemand, et dont les gauches ont hérité.
Continuer à lire "Le journal du 17 mai 2007" Samedi, 24 mars 2007Notes sur le Ring de Bob WilsonLe Ring de Richard Wagner raconté par Robert Wilson
Continuer à lire "Notes sur le Ring de Bob Wilson" Le Ring de Wagner vu par Wilson. L'enregistrement privé.Histoire d'un sauvetage : l'enregistrement du Ring par Bob Wilson et Christoph Eschenbach.
Je viens de recevoir l'enregistrement du dernier Ring représenté au Theâtre du Châtelet à Paris. 11 DVD tirés à quatre exemplaires, donc rigoureusement confidentiels, fixent pour la postérité une des visions les plus originales de ce drame musical, impossible à monter conformément aux intentions du compositeur.
Cette production offre matière à réflexion, sur la désinformation dont est victime l'oeuvre dramatique la plus ambitieuse de tous les temps : quinze heures de spectacle d'une densité inouïe et faisant appel à toutes les ressources multimédia disponibles... et à celles encore à inventer.
Parmi l'immense majorité des mises en scène contemporaines du chef d'oeuvre de Richard Wagner, celle de Bob Wilson est l'une des plus audacieuses, déroutant même les spectateurs habitués aux outrances de Lenhoff à Munich ou de Kupfer à Bayreuth. C'est que la conception de Wilson semble - est -aux antipodes de la logique interne de l'oeuvre. Elle est statique, s'inspirant du Nô japonais, réduisant les personnage à des figures stéréotypées de tarot.
Ceux qui connaissent ma répugnance pour la déformation des oeuvres d'art, que j'apparente à la désinformation du public lorsqu'elle devient le culturellement correct, se sont étonnés de l'enthousiasme dont j'ai fait preuve pendant les répétitions et les représentations. J'espère que mes explications dissiperont ce paradoxe. Je me réfèrerai pour l'illustrer à une création presque contemporaine, le Tristan de Bill Viola, donné à l'Opéra Bastille, et accueilli avec le même scepticisme de la part des wagnériens.
L'attention du public est constamment attirée par l'écran géant qui occupe la plus grande partie de l'écran. La scène "réelle" mise en scène par le plus iconoclaste des metteurs en scène : Peter Sellars, est aussi statique et japonisante que celle de Wilson, laissant libre champ à la fantasmagorie virtuelle. Or les images de Viola forment un contrepoint parfois dissonant avec le texte et les indications scéniques. Pendant le duo d'amour, Isolde allume des bougies dans une sorte d'oratoire. On assiste à des rites initiatiques étrangers à l'esprit apparent de l'oeuvre.
Pourtant, cette représentation, dirigée avec ferveur par Valery Gergiev, a été l'expérience la plus bouleversante que j'ai jamais vécue à l'Opéra, avec le Ring du centenaire. Pourquoi un tel enthousiasme pour une interprétation "désinformée"? C'est tout simplement que les "bruits" introduits pas le plus grand des vidéastes, sont de la qualité plastique la plus élevée. Le Tristan Project est sans doute le chef d'oeuvre de l'artiste. Cinq heures de création plastique ininterrompue, est une performance dépassant les cadres du genre. C'est donc en amateur de l'Art plastique de notre époque que j'ai accueilli l'oeuvre et non en tant que wagnérien ou amateur d'opéras. Le Tristan de Viola est une oeuvre d'un genre nouveau, issue de la conjonction d'une installation grandiose et émouvante et d'un accompagnement musical qui lui donne vie et qui l'a inspirée. La relation entre image vidéo et drame wagnerien, n'est pas de l'ordre de la dénotation explicite, mais de la connotation, de la réverbération. Autant les critiques musicaux peuvent critiquer le Tristan de Wagner accompagné des images de Viola, autant les amateurs d'Art Contemporain sont fondés à adhérer sans réserve à l'installation de Viola accompagnée par la musique de Wagner et commentant librement ses résonances les plus précieuses.
C'est dans cette optique qu'il faut à mon sens apprécier le Ring de Wilson, accompagné par la musique de Wagner, avec la différence que les images wilsoniennes sont abstraites et plus proches du minimalisme abstrait que de l'imagerie ésotérique de Viola.
Continuer à lire "Le Ring de Wagner vu par Wilson. L'enregistrement privé." Samedi, 24 février 2007L'encyclopédie du Ring, chez FayardUne encyclopédie de l'Anneau du Nibelung
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