Chers amis,
Vous regrettez sans doute l'inactivité du blog depuis de nombreuses semaines. Soyez rassurés. D'ici quelques jours le programme d'un blog régulier et complet sera mis en place.
Il aura sans doute fallu cette période pour faire le deuil d'un professeur trop brillant pour des héritiers trop novices.
Bien entendu, nous parlerons de questions inhabituelles. La première - elle me taraude depuis des mois - est incroyablement simple et compliquée à la fois : qu'est ce que la vie ? pourquoi la défendre ? comment la défendre ?
Nous reviendrons également sur les grands manuscrits du Professeur Lussato : cet espace deviendra le forum des chercheurs et des décrypteurs de l'oeuvre de l'auteur disparu de ce blog.
Nous sommes d'ailleurs en train de numériser certains des meilleurs manuscrits du Professeur.
Troisième thème de discussion : l'actualité vue sous le prisme de la complexité et des systèmes.
Quatrième et dernier thème : la culture, encore et toujours, et notamment la vie des fonds culturels légués par Bruno Lussato.
Il n'est pas inutile d'espérer encore que cet espace soit plus interactif et que l'on se manifeste pour participer à ce travail.
Bien cordialement,
Sasha
A l'heure où les médias nous reparlent d'écologie, je voudrais souligner un triste paradoxe. Souvenez-vous. Il y a quelques décennies et précisément dans les années 70 et 80, les verts passaient pour de doux rêveurs, amis des animaux, ennemis des corridas, pacifistes idéalistes en peace and love incorrigibles, utopistes égalitaristes sous perfusion communiste, faibles natures ne supportant ni la chasse ni la bonne chaire, baba cools versant dans le naturisme et le communautarisme... on les voyait doucement refluer de leur Larzac, décidés finalement à se faire soigner comme les autres, à travailler comme les autres et à consommer comme les autres. Tout cela faisait au mieux 5% aux élections et tout le monde s'en moquait. Et soudain, très précisément avec la brutale apparition du risque climatique et des grandes catastrophes comme Katrina, les verts se sont transformés : ils sont devenus des hommes d'affaire, parlant de développement durable avec les entreprises. Ils sont devenus des hommes d'Etat perturbant les plus grandes campagnes électorales avec de simples pétitions (N. Hulot). Ils sont devenus le centre de l'attention mondiale avec leurs conférences, leurs sommets et leurs films catastrophe (Gore, Arthus-Bertrand).
Comment comprendre cette immense transformation ? L'émergence du risque climatique, dont on parle tant en ce moment, suffit-elle à expliquer ce brutal renversement ? La réponse affirmative semble s'imposer à celui qui raisonne car on n'en voit pas d'autres raisons. Une telle analyse reste pourtant à la surface des choses. Elle ne pose pas la donnée fondamentale du problème et il suffit pour découvrir l'origine profonde du renversement de s'entretenir quelques heures avec un militant écolo de longue date. Au fil de son discours vous comprendrez ce qui brutalement a changé sa vie, comment du statut de frustré de la société de consommation, il est passé à celui de visionnaire avant gardiste.
Avec un sens inné de la mise en scène, non sans nous rappeler les grands principes de Mark Rothko, Pierre Soulages nous conduit dans son antre de l’Outre-Noir.
Après quelques détours par les premières salles illustrant l’itinéraire artistique de Soulages, vous voici au cœur de l’exposition ; dans l’immense salle consacrée à ses œuvres mégalithiques ; ses totems de l’ère nouvelle, ses sublimes portes noires à la rencontre d’une nouvelle lumière, d’un nouveau dialogue avec l’art.
Pour regarder ces tableaux, on peut laisser raisonner une musique qui provient de l’intérieur. Celles des grands espaces. Pensez à un paysage, non pas sous une perspective photographique, mais sous un angle poétique, comme si chaque direction dans l’immensité était un trait de poésie.
Recherchez y l’inspiration. Et vous la trouverez guidant, la main du peintre, dans les traits, les striures, et les tranchées coulées dans toutes ses oeuvres. Non pas une inspiration ordinaire, mais la plus subtile de notre monde. Car les proportions sont justes, ce sont celles qui équilibrent notre univers, incalculables, fuyant toujours le savoir des plus grands esprits, elles se retrouvent manifestes, en pleine lumière, dans l’obscurité de Soulages.
Le rythme est un thème central, musical. L’abstraction est une mélodie visuelle, qui peut se passer de couleurs. Soulages ne joue pas du Mozart ou du Chostakovitch. Il n’y a chez lui ni naïveté ni violence. Son rythme est océanique. Cadencé. Mesuré. Il rejoint Mahler et Wagner.
Soulages, nous dit que le champ de ses peintures se trouve devant la toile. C’est une de ses nombreuses plaisanteries. En réalité, c’est à l’intérieur du spectateur que se trouve la potentialité d’émotion face à cette œuvre monumentale. Un mélange fait d’humilité, de poésie et d’admiration pour ceux qui ont un grand génie.
Inutile de vous le redire… courrez vite voir Soulages…
On relira avec intérêts les billets de Bruno Lussato de 2008 et 2007 sur la Fiac (en tapant Fiac dans l'outil de recherche). Car cette année, la situation demeurait inchangée. En effet, outre les références déjà bien connues de l’ancienne garde, telles Soulages, Vieira da Silva ou Hartung, et dont, il faut bien le reconnaître des œuvres exceptionnelles étaient exposées, on peinait à découvrir un seul auteur contemporain de leur niveau. Du côté, de la Cour Carré du Louvre, c’était même le néant absolu. Et étrangement, c’était au sein de la Fiac dissidente (Art Elysée… aménagée sous une immense tente le long des Champs Elysée), que l’on trouvait les galeries les plus sympathiques. J’ai tout de même découvert quelques auteurs dignes d’assurer la relève dont vous trouverez ici quelques œuvres :
Ali Banisadr :
Jason Martin :
On reconnaît bien chez Martin la filiation avec Soulages. L’exposition au Centre Pompidou consacrée à ce dernier est d’ailleurs une visite incontournable dans la Capitale. Comme nous avons eu la possibilité de nous y rendre ce week end également nous reviendrons sans doute sur cette expo dans le prochain billet.
Venise : Le second volet de l'exposition de la collection de François Pinault dans les anciens entrepôts de la Douane (Punta della Dogana) est ouvert au public depuis juin 2009...
Pontoise : L'exposition Freundlich est prolongée jusqu'à la fin du mois d'octobre...
A choisir entre les trois, il n'y aucune hésitation : c'est à Pontoise qu'il faut se rendre. En effet c'est le seul endroit où vous découvrirez une exposition cohérente , permettant au public de découvrir les oeuvres d'un artiste exceptionnel et que le Professeur Lussato appréciait. S'il trouvait un intérêt pour cet art abstrait, c'est qu'il y décelait facilement l'existence d'un langage sous-jacent, d'une structure cohérente et fouillée, chaque tableau étant le fruit d'une quête s'appuyant sur des références riches et complexes.
On trouvera sûrement dans les deux autres destinations proposées des oeuvres intéressantes, mais elles seront noyées dans un magma de provocations esthétiques, sorte de concours dans l'horreur, à l'unisson de la superficialité d'aujourd'hui.
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Commentaires
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