Sunday, 15 February 2009
CHRONIQUE
Le classicisme meurtrier
Á PROPOS DE L'EXPOSITION DE CHIRICO au Musée de la Ville de Paris.
Le parcours de Chirico n'est que trop connu des historiens de l'Art. Plusieurs phases se suivent et ne se valent pas. La première, glorieuse, explose inopinément comme une révélation venue d'ailleurs. La novation à l'état pur. C'est la peinture métaphysique. La tête encombrée d'images étranges qui vont de pair avec une poésie d'association d'idées poétiques et étranges (Hebdomeros) mais énonçant un réseau corellé et stable d'évocations. On est à mi-chemin entre le symbole et le rêve. L'imagerie est simple -en apparence - y dominent les thèmes suivants: Une place de Ferrare connue pour ses arcades et au coucher de soleil, lumière de quatre heures, la plus chaude. Au milieu de la place une statue généralement allongée (Ariadne) ou un régime de bananes, ou des personnages masqués. Les ombres sont extraordinairement denses, autant que les palais ou que les statues, sinon plus. Elles sont d'un noir angoissant comme la lumière du crépuscule aux ombres naissantes. La perspective est plongeante, vue d'en haut, ce qui permet de discerner tout au fond un train qui passe en émettant un nuage de fumée blanche. Le train qui passe, souvent des horloges dans des gares désaffectées, signalent l'énigme de l'heure. Une gare aux quais vides, à l'horloge sans doute arrêtée, deux silhouettes enveloppées d'ombre attendent immobiles. Quoi? Nous avons peut être tous ressenti la nostalgie due au contraste entre la beauté ordonnée des arcades et ce train qui inlassablement n'arrête pas de passer. On croit entendre en un écho infini le sifflet émis par la fumée. J'ai personnellement toujour été angoissé et fasciné par les crépuscules. Le Chant de la Terre de Gustav Mahler est impregné de cette "sehnsucht", spleen,mais pas cafard bien au contraire un sentiment d'intense et de poignante beauté nous étreint le coeur. Apparaissent aussi d'étranges mannequins à la tête ovoide traçant des architectures mathématiques dans des tableaux mis en abîme, à l'infini, comme deux miroirs qui se répondent.
Le plus impressionnant et le plus célèbre de ces tableaux est sans conteste le Portrait de Guillaume Apollinaire, acquisition magistrale des Musées Nationaux. On y discerne un buste de marbre, affublé de lunettes noires et représentant prophétiquement le sort du poète gazé.
Le moment de stupeur créatrice est passé, les places s'encombrent de mannequins, d'objets issus de la période géniale. On tend vers un clacissisme d'intentions. A la fin de cette période, on se rapproche de plus en plus de modèles classiques. De Chirico visite beaucoup de musées et en tire des leçon de "belle peinture", une nostalgie des époques bénies des grands peintres.
Dans une troisième partie de son oeuvre, Chirico est parvenu à copier les oeuvres de peintres anciens, il crée ainsi un musée de faux Rubens, Fragonard, etc. Qui sont un clou impressionnant et décevant de l'exposition. Car la copie se rapproche dangereusement du pastiche. Il excelle cependant dans l'autoportrait.
Dans la dernière partie de son oeuvre, Chirico finit par se copier lui-même. En voulant reconstituer la période métaphysique, il ne fait qu'accentuer son manque d'inspiration. Ces "faux Chirico" reprennent tous les thèmes passés, souvent servilement, mais le mystère de l'heure ne fonctionne plus. Le nuage de fumée est devenu un petit nuage drôle comme un chou-fleur. La matière est tellement légère qu'elle risque d'être prise pour une gouache. L'explication il la donne lui-même : tout cela n'a aucune importance et la peinture métaphysique n'est qu'un passage dans sa vie. Mais les dernières années, quel désastre! Des chevaux faits de palais grecs, des personnages figés mais sang poésie. Chirico a retiré de son expérience des anciens du mal peindre. C'est mauvais et répétitif.
Cette triste régression (ou rétrogression) nous conduit à nous poser des questions, qui seront traîtées dans le corps de ce billet.
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CHRONIQUE
Du jardin enchanté
C'est du petit musée Mingei dont il s'agit, évidemment. On se souvient que le Mingei est l'art populaire japonais, peu sophistiqué par opposition à l'Art de cour. A ce que j'ai compris, ce musée, dont j'espère faire le deuxième en Europe, et peut-être dans le monde, avec l'aide de Philippe Boudin, en me passant de reconstituer ou d'acheter en vrac la collection Montgomery, la deuxième mondiale, ce musée donc, vivra à UCCLE d'ici un an, le temps d'obtenir les autorisations de construction nécessaires pour le pavillon japonais. Voici quelques dernières propositions.
Saturday, 14 February 2009
CHRONIQUE
Lectures anglaises
Mes chers internautes,
Ce matin, en me réveillant, un oiseau tout guillet, pas un moineau déplumé, m'a chanté : cou-cou! Tu es guéri ! La vie est devant toi, profites-en!
J'ouvre un oeil, avec précaution, puis l'autre, et mon corps me dit : Du bist gesund!, mon âme à l'unisson est remplie d'allégresse. Je constate avec surprise que j'ai pu dormir, en dépit de la douleur, et sans plus de 200 mg d'antidouleurs légers. Me voici autonome malgré quelques nausées qui flottent autour de moi, comme des traînées brumeuses non encore dissipées.
Et je suis sorti dans le soleil.
Au bras encore indispensable de mon fidèle Michel, je suis allé retirer chez Smith, rue de Rivoli, Steps de Jerzy Kosinski mais je ne me suis point arrété en si bon chemin. Lire Steps et en rester là, repu, quelle paresse d'esprit! J'ai donc commandé tout ce qui est encore disponible, acheté ce restait en magasin : "Being here" qui était en magasin, immortalisé, dit la couverture, par Peter Sellers, et , selon l'inspiration The Daughter of time de Josephine Tey (Heinemann, London 1951). C'est le plus formidable thriller historique sur l'intex, jamais écrit, où Shakespeare a le mauvais rôle ! Il fallait bien qu'il mange, tout génie qu'il était ! Je l'avais lu dans les années cinquante, et j'ai eu l'idée de le retrouver. Mais en suivant ma pente toute nouvelle, j'achetai un autre thriller disponible de Tey : The Franchise Affair ( Random House, London, 1949). Enfin, je trouvai deux DVD de La Nuit des Rois.
Je voulus compléter mes achats par un somptueux manteau de vigogne doublé de vison, que je vis voici deux ans chez Hermès, en rêvant de le posséder quand je gagnerais au loto (pas de chance, car je ne joue pas au loto!) Mais traitreusement, Hermès baissa les prix et la fantaisie, ne vendant plus que de simples manteaux non doublés et me dépossédant de mes rêves!
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Wednesday, 11 February 2009
CHRONIQUE
D'entre les souffrants
Mes chers internautes,
une foule d'éloges ont accompagné le blog sous la plume talentueuse de S***. Imagination, correction du mot juste, rêve, ont frappé mes internautes, que des tonnes de barbarismes ont laissé une vague nostalgie de cette belle langue que nous ont léguée nos aïeux. Que de super-mecs, super-bons sont systématiquement gavés par les médias, systématiquement entraînés au moche, au médiocre, sous la déferlante américaine. Et si l'attraction souterraine et un peu honteuse du "parler bourgeois" s'obstinait à nous vriller le goût et les sens? En ce moment on passe un admirable téléfilm sur le Cardinal Mazarin. Certes, aujourd'hui, comme jadis, le peuple a faim et les nantis se gavent. Mais au moins ces nantis édifiaient de splendides monuments de civilité tels que précisément la bibliothèque Mazarine, qui profitent à tous et font de Paris la plus belle ville du monde. Est-ce si négligeable? Aujourd'hui les nantis sont plus arriérés que des bouviers, sourds et aveugles à la beauté. Allez voir leurs pitoyables et gigantesques hôtels, le kitsch et les horreurs architecturales.
Mazarin est un téléfilm riche en exemples d'une civilité qui se constituait, sous la houlette peut-être snob de Mlle de Scudéry et de sa carte du tendre, qui épura ce qu'il y avait de grossier dans La Jalousie du Barbouillé destinée aux planches et aux trétaux itinérants. Il en sortit un style si pur, qu'on songea à l'attribuer à l'influence de Thomas Corneille. Pareillement, à l'époque élisabéthaine se fit le partage des eaux entre grossièreté drue et verve licencieuse et extrême sensibilité de la langue.
Et pourtant... Tous n'assistaient pas au téléfilm Ils pensaient les pauvres qu'un débat sur la peine de mort, éculé s'il en fût, était plus de saison. Alors que le problème de la peine capitale ne peut se réduire à aucune raison, à aucune argumentation logique, sinon à un débat faussé dès le début, miné par la rhétorique et la mauvaise foi de part et de l'autre. Indigence de la pensée, ignorance des fondements du sens, chers aux sémanticiens. Les anges sont-ils mâles ou femelles? On a tué et on tuerait encore pour de telles insanités de l'esprit.
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Tuesday, 10 February 2009
CHRONIQUE
Rêves
1
Le jet s'ébranle en direction de G***. L'hôtesse distraite ne s'en est pas aperçue. Cris effarouchés, l'avion parcourt lentement la piste, pourra-t-on faire demi-tour? Toutes ses affaires sont restées au sol!
2
La Place Vandôme est envahie par des guerilleros manifestant pour faire libérer des prisonniers. Brouhaha, les forces de l'ordre ont bloqué la place, bruit, clameurs, bombes fumigènes. Je me trouve bloqué dans le charivari et ne puis me dégager. Mon fils, inquiet, m'attend chez nous. Comment le prévenir? Je décide de rentrer à pied mais aux approches de la maison je n'ose pas l'appeler à cette heure-ci. Ce n'est pas convenable et sa femme pourrait me le reprocher. Paris sent la révolution, comme un avant-goût de violences imminentes.
3
Invitation formelle chez les G***. Ambiance mortellement ennuyeuse, tous parlent allemand ou seulement allemand. On distribue les chocolats et, horreur! il en manque dans mon paquet-cadeau! Ma femme sera furieuse et j'apprehende de me retrouver seul avec elle : pourquoi manque-t-il des chocolats? Et justement alors qu'elle invite ses amis et sa famille? Je rève d'une montagne de chocolats, qu'alors j'adorais et qui me font aujourd'hui horreur.
4
Une ère indéterminée, bien après la notre. Je suis introduit dans un centre hospitalier ultra-moderne. Longs couloirs moulurés crème, vastes baies teintées sombres donnant sur un parc magnifique très ombragé par d'immenses arbres feuillus. Je cherche en vain le nom inscrit sur ma convocation: Dr. W**** et j'ouvre au hasard des portes donnant sur des espèces de scanners. Une vision d'horreur me saisit. Dans une des pièces se tordent des corps hybrides, que l'on croirait tirés des Chapman. (Artistes anglais spécialisés dans des visions d'horreur composés de membres humains assemblés n'importe comment).
Jake and Dinos Chapman. Piggy Back , 1997. Sotheby's London 22 Juin 2006, Lot 339..
Dans une autre pièce, dans un lit aux hauts grillages des couples bien formés, harmonieux et enlacés, pleurent en me fixant d'un regard suppliant, comme quémandant je ne sais quelle aide. J'avoue ne pas être rassuré en suivant le médecin-chercheur qui me conduit sous une machine. Mais en fin de compte je sors de là guéri.
A la sortie du centre médical je me dirige vers la ville, la vie quotidienne, banale, et en regardant les affiches, je découvre que je viens de sortir d'un film à succès que j'ai pris pour la réalité. La Ville est étonamment propre, ombragée des mêmes arbres touffus et majestueux que l'ensemble hospitalier. Ils dominent les bâtiments de verre et d'acier, aux allées luisantes et désertes.
5
La place des trois tilleuls. Elle est située sur un promontoire rocheux et se termine chez le voisin dont la demeure forme un éperon rocheux en forme de proue de nef. Ma maison est plus vaste mais la vue y est barrée par la muraille du voisin, percée par une porte espagnole.
Une Société de séminaires y a organisé une visite, car la maison a appartenu à un des grands peintres de l'école de Barbizon. Ils ont tous été convoqués pour égrener leurs souvenirs. Les voici : Corot, Manet, Monet, Van Gogh qui a donné ses couleurs éclatantes à la décoration de la demeure. Celle-ci est vraiment minuscule, plus encore que celle de Ravel à Montfort L'Amaury mais non pas de ce gris triste mais celui des corbaux de Kurosawa, luminescent. phosphorescent,
Non seulement elle est minuscule la maison, mais bien que pitttoresque elle est tapissée de toiles d'araignée. Je me demande comment l'habitant a pu transporter toutes ses huiles, même de taille moyenne, de l'entrée au séjour. Je contemple la chambre à coucher-living-room pauvrement meublée. Sur la chaise de Van Gogh un journal est plié en quatre et au chevet, quelques livres defraîchis. On me dit que le maître des lieux vit seul.
La terrasse pavée contient une table de cuisine prolongée par une petite vigne et donnant sur une vue Est, Sud et Ouest. Au loin des collines distantes verdoient et à gauche la lisière du village. On ne se lasserait pas de contempler vignes et bocages aux formes douces. On se presse dans la terrasse, on disserte sur les dialogues qui s'y sont tenus entre tant de grands peintres, les premiers de l'école de Fontainebleau et les suivants venus évoquer leur souvenir : Derain, Dufy, Marquet et Bonnard.
6
Ma soeur n'aime pas la sonorité de ma chaîne de haute fidélité, elle a entendu mieux et plus agréable, moins bruyant surtout et plus évocateur d'un vrai concert. Je suis vexé car j'ai beaucoup investi dans mon installation et j'appelle mon technicien.
7
P***, mon premier ami d'enfance tant admiré vient de faire son apparition. Il s'est souvenu de moi. Il est toujours aussi beau, aussi solide, il n'a guère vieilli au cours de ces années d'absence. Je lui propose de prendre une douche avec moi, rapidement, car ma soeur viendra dans une dizaine de minutes. Il accepte. J'ôte mon maillot de corps souillé de sang, je contemple mon corps et je pleure sur ce que je suis devenu : un amas difforme de chairs atrophiées et boursouflées, sac dolent fait pour la souffrance.
Cet appel à la compassion est bien fait pour conjurer tout sous-entendu gênant. J'ai peur des cancans. Lui , il est aussi naturel que d'habitude comme du temps de nos années d'étudiant. School days, sunnydays.
Il s'est séché et rhabillé, ma soeur le fait passer au salon d'où le grand piano de concert a disparu car on repeint tout l'appartement du Vème étage et on refait le plancher. Il n'en subsiste que des traces.
L'immeuble est luxueusement bordé de terrasses de travertin et de glace soutenues par des ferronneries de style directoire. Il donne directement sur la plage : bande de grève calliouteuse et , à l'infini, l'horizon de nacre moirée.
8
Dekkeroff le Président de Philips me reçoit pour examiner ma candidature; j'essaie de faire bonne figure. Savez-vous jeune homme que nous produisons 90% des rasoirs électriques dans le monde? Son visage poupin couleur roast beef ressemble à un Testut, ni drole ni sympa. Je finis par lui dire qu'il m'est sympathique et que c'est la raison pour laquelle
j'aimerais travailler aveclui. Je l'accompagne au marché d'Eindhoven et je lui demande s'il a mon adresse. Il me répond oui ! à deux reprises. Marina s'esclaffe c'est cet antipathique de Boulakia qui me l'a présenté. Il veut marier sa nièce avec Dekkeroff.
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Saturday, 17 January 2009
CHRONIQUE
Fin de parcours
J'ai tenu à terminer mes conversations autour de "La nuit des Rois" avant de vous quitter le 20 Janvier à 8 heures pour un plongeon dans l'inconnu. J'espère que vous aurez pris le soin de relire la pièce en bilingue et que mon successeur S*** aura la bonté de me remplacer au gouvernail de ce petit blog.
J'ai été heureux de communiquer avec vous, même aux petites heures de la nuit, ponctuées par les problèmes récurrents de mon misérable serveur. Evitez Orange, c'est le conseil que je puis vous délivrer. Autre conseil, dès que vos moyens vous le permettront, passez à APPLE. Tous ceux qui le peuvent font de même. Convivialité et antivirus garantis.
Peut-être trouverai-je le temps d'une nouvelle communication. Je n'aimême pas consulté le nombre de visiteurs qui doit être en baisse notable,Shakespeare est difficile.
Bonne nuit
Bruno Lussato
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